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Pseudonyme : cache-cache littéraire

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On le sait, le monde littéraire n’a pas été tendre avec les femmes. Certaines ont assumé la discrimination liée à leur sexe, tandis que d’autres ont préféré prendre un pseudonyme pour espérer voir leurs œuvres publiées. En voici une liste non-exhaustive.

Elsa Triolet – Laurent Daniel

Elsa Triolet a épousé Louis Aragon en 1939. Ensemble, ils forment un couple mythique de la littérature française. On se souvient surtout d’elle aujourd’hui comme étant la muse d’Aragon, celle qui aura inspiré le célèbre recueil « Les Yeux d’Elsa ». Mais Elsa Triolet est aussi une écrivaine à part entière. Sa carrière littéraire débute en 1925 (À Tahiti), pour ne s’arrêter qu’à sa mort en 1970. Elle écrit en français, mais aussi en russe, sa langue maternelle. D’ailleurs, ce nom, Triolet, lui vient de son premier mari. Son véritable nom est Ella Kagan.
On l’a peut-être oublié, mais Elsa Triolet est la première femme lauréate du célèbre prix Goncourt en 1945, pour l’année 1944, avec son titre Le Premier accroc coûte 200 francs, une phrase utilisée pour annoncer le débarquement en Provence au cours de la Seconde Guerre mondiale.
C’est pour se protéger qu’elle prend le pseudonyme Laurent Daniel, pour publier « Les Amants d’Avignon » (plus tard réunis avec « Yvette », ils formeront la base du Premier accroc coûte 200 francs), relatant le quotidien d’une jeune résistante en 1943.

J.K. Rowling – Robert Galbraith

On ne présente plus J.K. Rowling, auteure de la saga Harry Potter. Sa vie n’a pas été facile, elle a connu la pauvreté avant de connaître le succès et le confort. Aujourd’hui multimillionnaire (elle a perdu son titre de milliardaire après avoir donné en abondance aux associations et œuvres caritatives), elle use de son argent et de sa renommée pour venir en aide aux défavorisés. Sur le plan littéraire, elle reste toujours très active et continue à enrichir l’univers magique qu’elle a créé.
Mais J.K. Rowling n’a pas voulu se cantonner au petit sorcier et a décidé de passer à un autre genre, le policier. Seulement, consciente que son nom fait vendre, elle voulait que son travail soit jugé comme celui de n’importe quel autre auteur, c’est pourquoi elle a pris le pseudonyme de Robert Galbraith. C’est un moyen pour elle de faire la transition après Harry Potter, et de prendre un nouveau départ dans sa carrière.
Il est intéressant de noter, qu’en soi, J.K. Rowling est un pseudonyme. Son agent littéraire, Christopher Little, pensait que les petits garçons, alors public visé par la maison d’édition pour Harry Potter, ne voudraient pas lire un livre écrit par une femme et lui conseille donc de signer de ses initiales. (Pour information : le K. signifie Kathleen, en hommage à sa grand-mère, mais ce n’est pas son 2e prénom)

Les sœurs Brontë – Currer, Ellis, Acton Bell

Charlotte, Emily et Anne Brontë. Trois sœurs qui ont changé le paysage littéraire de la Grande-Bretagne au xixe siècle (après Jane Austen). Elles s’intéressent depuis leur enfance à l’écriture et composent poèmes, courts romans, fictions, et autres histoires, avec leur frère Branwell.
Tout commence lorsque leur père offre à Branwell des soldats de bois. Les enfants s’imaginent alors un monde, la confédération de la Ville de verre, où chacun administre un royaume. Au fil des années, les histoires deviennent de plus en plus complexes et sont consignées dans des carnets adaptés à la taille des soldats. Anne et Emily décident de faire sécession et de se concentrer sur le royaume de Gondal, tandis que Charlotte et Branwell développent Angria.
En 1845, Charlotte découvre des poèmes composés par Emily et tente de la convaincre, ainsi qu’Anne de les faire publier. Charlotte se charge de trouver un éditeur et les poèmes sont publiés en 1846, sous les noms de Currer (Charlotte), Ellis (Emily) et Acton (Anne) Bell. Elles publieront leurs plus grands succès (Jane Eyre, Les Hauts de Hurlevent et Agnes Grey) sous ces pseudonymes. Elles sortent de l’anonymat en 1848, après le succès de Jane Eyre, et pour prouver que les trois sœurs sont bien trois auteures indépendantes, et non pas un seul auteur, comme l’avait laissé penser l’éditeur d’Emily et d’Anne.

Prosper Mérimée – Clara Gazul

Si les auteures qui prennent un nom de plume masculin font légion, l’inverse est plutôt rare. C’est un auteur bien de chez nous qui a choisi de publier sous le nom de Clara Gazul. Gazul serait une comédienne espagnole, auteure de plusieurs pièces de théâtre, dont certaines auraient été traduites en français, par un certain Joseph Lestrange. En 1827, un recueil de poèmes, La Guzla, paraît, signé de la plume d’Hyacinthe Maglanovitch.
Gazul, Lestrange et Maglanovitch ne sont en réalité qu’une seule et même personne : Prosper Mérimée. Alors, certes, il n’est pas le premier auteur à prendre un autre nom de plume, mais il est l’un des rares à choisir une identité féminine.
Mérimée, c’est Carmen, Tamango, Mateo Falcone. Il est aussi membre à l’Académie française. Et surtout, c’est un homme – contrairement aux femmes, il bénéficie déjà d’un avantage considérable en tant que lettré. Alors pourquoi ces pseudonymes ? Pourquoi cette volonté d’anonymat pour certaines de ses œuvres et pas pour d’autres ? Si vous avez la réponse, contactez-nous à contact@lecthot.com, on aimerait bien savoir.

Pour mieux vendre, pour se faire publier, pour repartir à zéro, pour protéger sa vie privée, les raisons qui poussent les auteur-e-s à changer de nom pour le bien de leur art sont aussi nombreuses que variées. Les femmes autant que les hommes sont friands de ce changement d’identité. Et si aujourd’hui les changements sont souvent moins radicaux (un nom de famille plus élégant, des initiales au lieu du nom complet,…), la mode du pseudonyme continue à battre son plein.

 

Camille Cantenot

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