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Que va-t-il advenir de l’accent circonflexe ?

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Alors que les éditeurs de manuels scolaires ont déjà commencé à imprimer les exemplaires qui tiendront compte d’une réforme de l’orthographe qui, contrairement à certaines idées reçues, ne date pas de 2016, la vague #JeSuisCirconflexe a submergé les réseaux sociaux.

Une réforme qui n’est pas aussi récente que cela

La nouvelle est tombée le 3 février, et elle n’a pas fait que des heureux : la langue française va subir une mise à jour et 2400 termes vont avoir droit à une transformation, dans un but affiché de faciliter la lecture et l’écriture. Si nombre de Français attribuent cette réforme à Najat Vallaud-Belkacem, la Ministre de l’Education nationale, comme par exemple le syndicat étudiant UNI ou encore l’observatoire des programmes scolaires, il faut replacer les choses dans leur contexte et rappeler que cette réforme de l’orthographe date en vérité de 1990. Elle a été approuvée par l’Académie française, qui souhaitait à l’époque simplifier l’apprentissage de la langue, car elle perdait en influence à l’échelle internationale. Cette réforme est pourtant passée plus ou moins inaperçue, puisque peu de Français étaient conscients de son existence, même dans le rang des enseignants, professeurs et hommes de lettres.

C’est en 2008 qu’elle refait surface, dans un bulletin officiel qui en fait mention, indiquant que « les programmes de 2007 (…) imposent aux professeurs d’enseigner l’orthographe révisée ». Elle semble ne pas avoir eu de forts échos, là non plus, puisque c’est la réforme des programmes scolaires intervenue fin 2015 qui agite les foules. On peut y lire ceci : « Les textes qui suivent appliquent les rectifications orthographiques proposées par le Conseil supérieur de la langue française, approuvées par l’Académie française et publiées par le Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990. » Ainsi les éditeurs de manuels scolaires impriment-ils pour la rentrée 2016 des ouvrages dans lesquels il est fait mention de ce changement. Chaque mot simplifié apparaîtra donc dans les manuels avec sa nouvelle orthographe. Malgré le caractère officiel que semble finalement revêtir cette réforme, 26 ans après sa mise en place, la Ministre de l’Education nationale se veut rassurante : elle ne sera pas obligatoire, ainsi les deux orthographes pourront cohabiter. Il tiendra aux enseignants de ne pénaliser ni l’élève qui fera usage de l’orthographe traditionnelle, ni celui qui aura recours à l’orthographe simplifiée.

Les mots concernés par cette « simplification »

Concrètement, quels sont les mots touchés ? Beaucoup de mots composés vont perdre leur trait d’union. Ainsi, un « week-end » pourra devenir un « weekend », un « mille-pattes » un « millepattes » ou encore un « porte-monnaie » un « portemonnaie ». D’autres mots perdent des lettres qui ne se prononcent pas, comme « oignon », « eczéma » et « asseoir », qui pourront désormais s’orthographier « ognon »,  « exéma » et « assoir ». Le pluriel « sandwiches » a le droit de perdre son e et le mot « nénuphar », ce chanceux, se déleste de deux lettres : il pourra maintenant s’écrire « nénufar ». Ce qui choque peut-être le plus les Français qui s’insurgent contre cette réforme, c’est l’usage facultatif de l’accent circonflexe sur les lettres i et u des noms communs qui en nécessitaient un jusqu’ici. Ainsi, le francophone pourra écrire indifféremment « maîtresse » et « maitresse », « coût » et « cout », « abîme » et « abime ». Néanmoins, il reste obligatoire pour les mots dont la disparition de l’accent circonflexe créerait une confusion du fait de leur homographie avec d’autres. Ainsi, l’adjectif « mûr » ne pourra pas être confondu avec le nom commun « mur », ni l’adjectif « sûr » avec la préposition « sur », ni le participe passé « dû » avec la préposition « du ». Par ailleurs, les formes conjuguées au passé simple (ex : nous suivîmes), à l’imparfait du subjonctif (ex : qu’il suivît), au plus-que-parfait du subjonctif (ex : qu’il eût suivi), restent intactes. Pour ce qui est des mots qui présentent un accent circonflexe sur la lettre a, e ou o, ils restent inchangés.

Un fort mouvement de contestations

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Même si cette révision de l’orthographe n’empêche personne de continuer à utiliser l’ancienne, qui reste juste, les contestations des Français ne se sont pas fait attendre, et un mouvement est né sur Twitter : #JeSuisCirconflexe. Il vise à dénoncer ce caractère facultatif que revêt à présent l’accent circonflexe sur certains mots, car c’est peut-être le début d’une disparition progressive de ce symbole qui semble à présent représenter la langue française dans toute sa beauté, sa complexité, sa richesse et son histoire. Un sondage mis en place sur le site du journal Le Point et portant le titre « Faut-il supprimer l’accent circonflexe ? » a déjà reçu 58 396 votes (05.02.2016/13h30), et la réponse est formelle : c’est non à 70%.

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Cette polémique nous interroge sur la valeur évolutive d’une langue. Une langue vivante connaît certes toujours des changements, mais dans quelle mesure doit-elle prendre en considération les difficultés de chacun ? Est-ce une bonne idée de rendre une langue modulable ? Jusqu’où peut-on aller ? Dans son Dictionnaire philosophique, Voltaire avait écrit à l’article « Français » : « Le génie de cette langue est la clarté et l’ordre ». Aujourd’hui, ce génie semble être remis en question.

Michelle Mbanzoulou

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