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Satrapi au bookclub féministe d’Emma Watson

Emma Watson a annoncé ce matin que son bookclub se consacrera au mois de juin à la lecture de Persepolis (2000 – 2003) de Marjane Satrapi, auteure franco-iranienne.

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Emma Watson, féministe des livres

Le bookclub porte le nom « Our Shared Shelf » (« notre étagère partagée » en français mais qui en anglais joue sur la similitude entre shelf (étagère) et self (être)) et est ouvert à tous sur la plateforme Goordreads.

Dans la présentation, l’actrice et activiste explique qu’elle souhaite ouvrir un débat sur les nombreuses lectures concernant l’égalité des sexes qu’elle réalise dans le cadre de son travail pour ONU Femmes, en tant qu’ambassadrice pour la campagne #HeForShe.

L’initiative a été reçue avec enthousiasme par ses fans mais surtout par ses critiques. Emma Watson appartient à un groupe de jeunes femmes célèbres, riches, qui correspondent aux standards de beauté dominants et qui ont choisi comme positionnement politique principal le féminisme. De Beyoncé à Taylor Swift, en passant par Jennifer Lawrence ou Amy Schumer, le féminisme est définitivement à la mode. Le 16 mai, le quotidien britannique The Guardian a publié un article sur l’absence d’impact réel de ce « féminisme des célébrités » en mettant en question notamment le fondement idéologique et théorique de ces célébrités. En quoi consiste dans la pratique le féminisme professé par ces femmes ? L’auteur accuse Emma Watson notamment d’accepter des rôles dans des films qui sont loin de pouvoir être considérés féministes. Sa décision de jouer Belle dans l’adaptation de La Belle et la Bête a suscité une polémique puisqu’il s’agit, comme l’ont fait remarquer des journalistes et critiques féministes, de l’histoire d’une jeune femme qui tombe amoureuse de son capteur et qui donc perpétue des fantasmes clairement patriarcaux. La sortie du film est programmée pour 2017, on ne peut pour l’instant que spéculer sur son « degré » de sexisme… avec un peu de chance l’histoire aura été changée, les rôles de genres subvertis.

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Quoiqu’il en soit, avec ce bookclub Watson montre bien que sa position pour l’égalité n’est pas vide d’idées et se renouvelle chaque jour. Sa démarche est enthousiasmante car il s’agit d’une action concrète qui pourrait avoir un impact sur beaucoup de personnes, notamment des jeunes femmes qui l’admirent en tant qu’actrice ou même qui admirent son personnage dans les adaptions d’Harry Potter, et qui pourraient, grâce à ce club, être inspirées pour faire des lectures féministes.

Des choix originaux mais bienvenus

Le club compte déjà 4 livres plus 1 en cours. Il inclut des fictions, des essais et des autobiographies. Ce qui est particulièrement remarquable c’est le choix fait par Watson d’inclure des femmes de couleur dans sa liste avec La Couleur Pourpre d’Alice Walker qui raconte la vie de plusieurs afro-américaines dans le Georgia rural pendant les années 30, et All About Love : New Visions de Bell Hooks, un des grands noms du féminisme afro-américain, un essai sur la manière dont est perçu l’amour romantique aujourd’hui.

Les livres abordés par Watson sont loin d’être les classiques féministes, intéressants, mais parfois un peu poussiéreux, qu’on a l’habitude de voir. Dans sa sélection (telle qu’elle est à l’état actuel), on trouve des livres sur le féminisme comme théorie (bien évidemment) mais aussi sur la race, l’activisme, les relations amoureuses, le langage, les identités sexuelles fluides et les communautés LGBT. En effet, la sélection du mois de mai The Argonauts de Maggie Nelson, est un mémoire hybride sur la rencontre et la relation amoureuse entre l’auteur et Harry Dodge dont la sexualité est fluide. Il s’agit aussi d’une réflexion sur la grossesse et sur l’aventure et les joies d’une famille « queer« . Si Watson s’identifie comme femme hétérosexuelle blanche, elle semble vouloir explorer les problématiques qui frappent un éventail de femmes très différentes. Avec le choix de la série de romans graphiques Persepolis, elle montre son désir d’explorer le féminisme vu depuis le Moyen-Orient. Une initiative admirable pour quelqu’un de son milieu. Nombreuses sont les féministes célèbres ou même dans le journalisme et l’académie, accusées de vouloir exclure certaines formes de réappropriation du féminisme, notamment par les femmes voilées. Finalement, Persepolis est un choix habile car sa forme est plus ludique que celle d’un essai ou même d’un roman, et donc plus accessible à un publique vaste, pas forcément initié au féminisme ni aux longues lectures.

Une initiative à diffuser

Inspirées par l’idée de Watson, Cheek Magazine vient de lancer en mai son propre bookclub féminisme qui privilégie les rencontres aux échanges via le net. La première réunion a été organisée autour de la question « L’héroïne de littérature contemporaine est-elle féministe ? ». L’auteure Titiou Lecoq, la « BookTubeuse » Nawal Stauli et la responsable des traductions chez Belfont, Camille Dumat (qui a travaillé sur Not That Kind of Girl, de Lena Dunham) y ont assisté. La représentation des femmes a été abordée, mais aussi le sexisme dans le milieu de l’édition et le manque d’innovation en matière de féminisme en littérature en France. Les trois journalistes de Cheek Magazine préparent actuellement une autre rencontre pour l’été.

Pour vous aider à patienter entre temps, voici la sélection de fictions féministes Lecthot. Cette liste ne comprend que des romans en français ou traduits, destinés non pas à un publique académique ou initié mais à n’importe qui cherchant des fictions prenantes avec des personnages féminins engageants.

Le grand classique : Les Hauts de Hurlevent de Emily Brontë

On aurait pu mettre Jane Eyre de Charlotte Brontë, ou Mrs. Dalloway de Virginia Woolf, mais nous avons opté pour un choix plus personnel. C’est avec ce roman que cette rédactrice a découvert la littérature pour adultes et la difficulté de créer un personnage féministe. Catherine Earnshaw est loin d’être attachante, cruelle et capricieuse ses défauts semblent au début l’emporter sur sa qualité la plus évidente : son amour pour Heathcliff. Cependant, on se rend très vite compte que Cathy est loin de la jeune fille vaine qu’elle prétend être, c’est une femme qui veut tout, tout de suite mais dont le sexe et la classe l’emprisonnent, au point de la pousser à la folie. Un roman fort sur les dangers des conventions sociales, l’adolescence et la violence.

Pour explorer le lien entre domination masculine et corps féminin La Servante Écarlate de Margaret Atwood

Dystopie, thriller, intrigues amoureuses et féminisme ! Rien ne manque à ce classique de la littérature d’anticipation qui aborde des problématiques de religion, de sexualité et des manières dont la société exploite le corps de la femme. Vous trouverez un résumé plus détaillé dans notre article sur les dystopies que les cinéastes n’ont pas su adapter.

Pour en savoir plus sur le rapport entre race et sexisme: Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

Roman qui se déroule sur plusieurs décennies et continents. Il raconte l’histoire de Ifemelu et Obinze, deux adolescents au Nigéria qui tombent amoureux, se séparent et se retrouvent. Mais surtout, c’est le récit des problématiques auxquelles sont confrontées les femmes de couleur aux États-Unis et au Nigéria, l’expérience de la migration, de l’exil volontaire, du choc des cultures.

Pour aller dans l’espace L’Autre Moitié de l’homme de Joana Russ

Pour tous et toutes mais surtout pour les fans de science-fiction. L’histoire se déroule dans quatre mondes habités par quatre différentes femmes partageant le même génotype et dont les noms commencent tous par la lettre J. Non seulement ça change des grands classiques du genre, dominés par les auteurs et les personnages masculins, mais en plus c’est très bien écrit et aussi prenant que n’importe quel Philip K. Dick.

Pour rencontrer des femmes d’Amérique Latine : La Maison aux esprits d’Isabel Allende

C’est le récit de la vie de la famille Trueba au Chili, notamment de ses femmes, s’étalant sur quatre générations. Véritable fresque sentimentale, politique et sociale, Allende y aborde l’amour, la famille, la mort, les fantômes, la révolution, et le merveilleux. Un classique de la littérature sud-américaine, ce roman vous fera voyager et vous permettra de voir comment vivent d’autres femmes sur d’autres continents.

Bonus – pour celles qui préfèrent le format court : Not That Kind of Girl de Lena Dunham

Lena Dunham arbore un féminisme polémique, blanc, branché, Brooklynien, souvent critiqué par son manque de sensibilité face aux problématiques de race ou de classe qui ne semblent pas l’inquiéter. Cependant, cette autobiographie hybride, dont chaque chapitre peut se lire indépendamment des autres, est très prenante et constitue une lecture légère et humoristique mais qui permet de réfléchir à l’amour, le sexe, la carrière, l’amitié, entre autres, et qui peut être intéressant pour celles qui s’initie au féminisme dans la littérature.

Anais Ornelas

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