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Stephen King, classique populaire

En 1974, Stephen King sort Carrie. Il vend plus de 300 millions de copies aux U.S. Ce sera le début d’une des carrières les plus prolifiques (et profitables) de la littérature contemporaine, avec plus de cinquante romans publiés. Il s’agit aussi d’un des auteurs du XXe siècle ayant éveillé le plus d’admiration et d’adaptations au grand écran.

Stephen King

Source : booknode.com

Une formule infaillible

Grand maitre de l’horreur, de la science-fiction, du paranormal et du suspense, King sait jouer adroitement avec nos sentiments pour nous plonger dans l’angoisse de ses histoires. Son secret ? Montrer que le plus effrayant repose toujours sur l’humain-même et non sur les créatures ou événements surnaturels qui entourent les personnages. Ce sont les hommes et femmes, et notamment les conséquences de l’horreur sur leur humanité, qui éveillent chez le lecteur les sentiments d’angoisse si caractéristiques de la prose de King. À cela s’ajoute un style en apparence simple mais très maîtrisé, des personnages extrêmement bien dessinés, ainsi qu’une partie de vécu reconnaissable dans chaque roman. Réussissez à combiner tout cela, vous aurez entre vos mains un best-seller.

Un best-seller certes, mais sera-t-il un grand livre ? King a été abondamment méprisé par les critiques littéraires et les universitaires. Sa très grande popularité, mais aussi le genre de ses œuvres, l’horreur, (Considéré par la critique élitiste comme un sous-genre littéraire) ont pendant longtemps été utilisés comme arguments pour occulter la complexité de ses romans. Victimes d’une intelligentsia littéraire snob et butée, ses livres (Qui sont sans doute parmi les plus accessibles du paysage littéraire actuel) furent trop rapidement placés dans la case littérature populaire, assimilée automatiquement à de la mauvaise littérature. Ainsi, ils auront donc peu de succès auprès de la critique universitaire.

Ce n’est qu’à partir des années 90 que professeurs et critiques se penchent de plus près sur son œuvre, notamment Noël Caroll et S.T. Joshi. En 2003, King reçoit le National Book Award pour l’ensemble de sa carrière. Ses détracteurs s’offusquent, considèrent qu’il ne mérite pas le prix; mais d’autres, plus jeunes, le défendent. Avec Écriture : Mémoires d’un métier, livre à mi-chemin entre autobiographie et essai sur l’écriture, King a définitivement fait ses lettres de noblesse. François Rivière, de Libération, voit dans ce roman un « exercice forcément sincère, l’une des approches les plus authentiques du travail forcené du romancier moderne ». Le célèbre critique de cinéma Roger Ebert affirme que « Beaucoup de gens ont été outragés qu’il [King] ait été honoré par le National Book Award, comme si un écrivain populaire ne pouvait pas être pris au sérieux. Mais après avoir trouvé que son livre, Écriture : Mémoires d’un métier, contenait plus de choses utiles et d’observations sur le métier d’écrivain que n’importe quel autre livre depuis The Elements of Style de Strunk et White, j’ai passé outre mon propre snobisme ».

Un auteur de la transparence

En effet, si King a une légion de fans, ce n’est pas seulement grâce à son œuvre mais aussi à la personne publique qu’il s’est construit. King n’adhère pas à l’image mystérieuse et inaccessible que se donnent de nombreux auteurs. Il parle sans gêne de sa vie personnelle, ses opinions politiques, et surtout de son écriture. Dans ses interviews et son œuvre, il n’hésite pas à éclairer les lecteurs sur son processus créatif, les raisons qui l’ont menées à écrire un certain texte ou personnage, ses petits secrets et ainsi de suite.

Sa routine d’écriture est très connue: tout écrivain qui se respecte doit consacrer entre quatre et six heures quotidiennes à son manuscrit, ou écrire 2000 mots par jour. King raconte qu’il se lève, prend son petit-déjeuner, marche environ 5 kilomètres, puis il s’assoit à son bureau, sur la table duquel se trouve la dernière page qu’il a trouvée satisfaisante. Il la lit et ce petit rituel lui permet de se réintroduire dans le monde de l’écriture. Il écrit environ un manuscrit tous les six mois, qu’il laisse reposer pendant une dizaine de jours avant de le reprendre.

L’auteur n’hésite pas à partager de manière franche avec ses fans l’impact qu’ont eu sur son écriture ses problèmes d’alcoolisme et de drogue. Il a d’ailleurs écrit Misery sous l’effet de la cocaïne. De surcroît, il avoue que la qualité de Les Tommyknockers, denier roman écrit avant sa décision de retrouver la sobriété, a été largement affectée par les drogues. Il reconnait que des 700 pages du roman, on pourrait facilement en retirer une moitié, ce qui ferait un bien meilleur livre.

Ce côté pédagogue de King est une tentative de démystifier (et dé-snobiser) la profession d’écrivain et la passion de l’écriture pour la démocratiser. King encourage tout le monde à écrire.

Bien plus que le maître de l’horreur

Extrêmement prolifique, King a écrit cinquante-cinq romans, onze collections de nouvelles et cinq essais, tout cela en quarante et un ans, soit deux livres par an. King sait écrire à la fois de grands livres sur des sujets complexes (par exemple The Stand, roman post-apocalyptique qui suit un groupe de survivants sur plusieurs décennies) ou la saga The Tower en sept parties, mélange habile de styles et de genres; et de courts livres ou nouvelles qui connaissent cependant un grand succès, comme la mémorable Rita Hayworth et la Rédemption de Shawshank.

Au-delà de la science-fiction et l’horreur, King s’est essayé dans de nombreux genres : thrillers, littérature générale, dystopies et littérature post-apocalyptique, fantasy et même Young Adult. King arbore une prose kaléidoscopique et versatile qui contribue à son statut d’auteur culte. Il n’est pas considéré comme un écrivain expérimental, et c’est peut-être une erreur. King travaille énormément la forme de ses romans et s’adonne parfois à des expériences originales. Par exemple, il adopte dans The Green Mile une structure fragmentée et sérialisée. Un autre exemple est la publication de deux de ses romans (Les Régulateurs et Désolation) le même jour, l’un avec un pseudo et l’autre sous son propre nom. Les deux romans présentent les mêmes personnages dans des mondes parallèles, ce qui fait que les situations évoluent différemment. Même Carrie, premier roman paru, innove dans sa forme en mêlant à l’intrigue narrée des interviews et des extraits de journaux.

Roi des adaptations

À cette date, plus d’une soixantaine de films inspirés ou adaptés des romans de King ont été tournés, ainsi que plus d’une vingtaine de séries TV. Outre la quantité, c’est la qualité de certaines de ces adaptations qui montrent que l’œuvre de King porte en elle une grande force, notamment The Shining de Kubrick et Les Évadés de Frank Darabont, devenus aujourd’hui deux classiques du septième art.

Pour l’anecdote, il est curieux de rappeler que malgré l’accueil critique très favorable qu’a reçu The Shining, King n’a jamais aimé le film. Il critique notamment le jeu de Nicholson qui pour lui n’a pas su rendre l’arc du personnage de Jack Torrance, son enfoncement progressif dans la folie, ce qui dilue considérablement la profondeur et complexité du roman. À plusieurs reprises King a réitéré son mépris pour la réinterprétation de Kubrick, il compare The Shining à un beau Cadillac sans moteur, visuellement impressionnant mais sans substance.

Qu’on préfère l’adaptation ou le roman, le débat n’est qu’une autre preuve de la richesse de l’œuvre de King. Loin d’être une mode passagère, il semblerait que l’auteur se soit installé pour de bon dans les annales de la littérature américaine.

 

Anaïs Ornelas

 

 

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