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Vie misérable, mort glorieuse : ces écrivains qui n’ont pas connu le succès de leur vivant

Ignorés de leur vivant, glorifiés après leur mort, hommage à quelques-uns de ces Van Gogh littéraires, disparus dans l’ignorance de leur majestueuse postérité

Edgar Allan Poe

Edgar Allan Poe. Portrait of Edgar Allan Poe 1809-1849, American writer.

Edgar Allan Poe. Portrait of Edgar Allan Poe 1809-1849, American writer.

Précurseur, avec Jules Vernes, du genre de la science-fiction, et l’un des premiers auteurs policier, Edgar Allan Poe est aujourd’hui considéré comme le maître des nouvelles fantastiques et des contes d’horreur. Ses histoires les plus connues sont sinistres et macabres, et la vie de l’auteur américain ne fut malheureusement pas moins glauque. Une mère mourant de tuberculose à l’âge de 24 ans, un père alcoolique mort un an plus tôt, un frère également tuberculeux et alcoolique qui subira exactement le même destin, à l’âge de 24 ans également, une sœur handicapée mentale, et une épouse (mariée à l’âge de treize ans !) qui mourra elle aussi à l’âge, apparemment maudit, de 24 ans. L’auteur orphelin semble avoir vécu sous le sceau de l’horreur et de l’étrange. Sombrant dans un alcoolisme héréditaire qui aurait fasciné Zola, sa vie n’est qu’une longue dépression, hantée de rêve inquiétants et d’hallucinations psychédéliques non moins terrifiantes que ses nouvelles.

En 1842, son poème « Le Corbeau » inaugure la renommée de l’auteur, bien que de courte durée, et ne lui rapportant aucun bénéfice. Le 3 octobre 1849, Edgar Allan Poe est trouvé dans un état de folie dans les rues de Baltimore, avec des habits qui n’étaient pas les siens. Conduit à l’hôpital, il sombre dans le coma et meurt quatre jours plus tard. Abus de drogues ? Maladie ? Meurtre à la suite d’une fraude électorale ? Sa mort est encore teintée de mystère. Après sa disparition, le critique et éditeur Rufus Wilmot Griswold, ennemi de Poe, tente de détruire la réputation posthume de l’écrivain. Mais celle-ci est réhabilitée, notamment par Baudelaire, qui a traduit bon nombre de ses textes, donnant à l’auteur un succès plus international.

Franz Kafka

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Franz Kafka en 1906

Kafka ne se doutait sûrement pas qu’il donnerait un jour son nom à l’adjectif éponyme « kafkaïen », qui, ironiquement, représente aussi bien ses histoires que sa propre vie. L’écriture ne fut jamais le gagne-pain de cet écrivain tchèque, aujourd’hui considéré comme l’un des auteurs ayant le plus marqué la littérature du XXème siècle. Travaillant le jour pour une compagnie d’assurance, et plus tard dans une usine d’amiante, Franz Kafka écrit durant ses seules heures de liberté : la nuit. En dehors de La Métamorphose et autres courts récits, l’écrivain tchèque publie très peu de son vivant. La plupart de ses œuvres, il les laisse inachevées.
Tuberculeux, rongé par la maladie qui l’empêche de manger, il meurt à quarante ans, affamé. Avant sa mort, il demande à son ami Max Brod de brûler « sans restriction et sans être lu » tous ses écrits. Mais ce dernier, emporté par la curiosité, lit un manuscrit incomplet de l’auteur intitulé Le Procès. Fasciné, il décide de faire publier cet ouvrage en y supprimant simplement les chapitres inachevés, ainsi que d’autres manuscrits. Kafka doit se retourner dans sa tombe : du fait de la trahison de son ami qui n’a pas respecté ses dernières volontés, ou bien de n’avoir pas tenté de finir et de publier lui-même ses ouvrages quand il en était encore temps !

Emily Dickinson

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Photo credit: Amherst College Library

Traumatisée à l’âge de 14 ans après le décès de sa jeune cousine, Emily Dickinson a vécu le reste de sa vie hantée par la mort. Extrêmement introvertie, cette poétesse américaine considérée comme étant bien excentrique dans son voisinage, ne quitte dès lors plus la maison familiale, située à Amherst dans le Massachussetts.
Durant sa vie cloitrée, Emily Dickinson écrivit près de deux mille poèmes, tous rédigés sur des enveloppes, un support certes original, mais qui donnait ainsi une signification nouvelle à ses vers modelés de façon contrite sur ce petit support contraignant. Timide et manquant d’encouragement, l’auteure n’en publie qu’une douzaine, et encore, les versions publiées ne ressemblent en rien à l’original. En effet, déroutés par ses vers très courts, ponctués de tirets – qui à présent demeurent la signature de la poétesse –, ses éditeurs avaient remodelé ses poèmes avant-gardistes selon les règles littéraires de l’époque.
Ce n’est qu’après sa mort que sa famille découvrit une partie des poèmes d’Emily et les firent publier dans leur forme originale.

Emily Brontë

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Cinquième enfant d’une famille pauvre vivant dans le nord dans le l’Angleterre, dans le petit village de Haworth, Emily Brontë fait également partie de ces auteurs adorés aujourd’hui qui ont pourtant vécu une vie tragique. Quelques mois après la naissance de sa sœur cadette Anne, sa mère meurt d’un cancer.
A l’âge de six ans, son père l’envoie au pensionnat avec ses sœurs. Ses ainées, Elizabeth et Mary, y meurent toutes deux quelques temps plus tard. Retirée de l’école et éduquée à la maison, les enfants Brontë restants, doués d’une vive imagination, commencent alors à inventer des histoires. En 1846, les trois sœurs, Charlotte, Emily et Anne publient un recueil collectif de poèmes sous les pseudonymes de Currer, Ellis et Acton Bell. Malheureusement, le recueil ne suscite que peu, voire pas, d’intérêt. Toujours sous son pseudonyme masculin, Emily publie Les Hauts de Hurle-Vent en 1847. Les critiques sont partagées lors de la publication du roman, et Emily meurt de tuberculose en 1848 – un mois après son frère – juste avant de voir son roman promu au rang de chef-d’œuvre.

Anne Franck

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A 13 ans, la jeune fille a commencé un journal intime qui, publié par son père après sa mort, l’a rendue tristement célèbre. Son petit cahier, qu’elle surnomme affectueusement « Kitty », devient son meilleur ami lorsque sa famille et elle se voient obligés, en 1942, de commencer une vie clandestine, cachés dans le grenier de leurs amis, afin d’échapper à la persécution nazie. Anne confie toutes ses pensées à son amie de papier. Bercée d’un optimisme extraordinaire, en dépit de sa situation, la petite fille a foi « en la bonté innée de l’homme », et rêve, la guerre finie, de pouvoir devenir écrivain. Elle ne sait pas qu’elle l’est déjà, et malheureusement ne le saura jamais….

En 1944, sa cachette est découverte et elle est déportée à Auschwitz avec le reste de sa famille, où elle meurt de dysenterie peu de temps avant la libération. Retrouvé par Miep Gies, l’amie qui avait caché la famille Franck, le journal est conservé jusqu’au retour d’Otto Franck, le père d’Anne, seul survivant de sa famille. Ce dernier fera publier le journal de sa fille afin d’accomplir, bien qu’à titre posthume, son rêve d’écrivain.

John Kennedy Toole

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Cet auteur remporte la palme des auteurs au succès posthume le plus ironiquement triste. Cet écrivain américain avait écrit un manuscrit : La Conjuration des Imbéciles, un travail dans lequel il avait mis tout son cœur et toute son âme. Plein d’espoir, il envoya son roman à un éditeur, qui lui répondit que ce dernier devait être retravaillé, puis finalement, qu’il était tout simplement « impubliable ».
Tombé en dépression suite à cet échec, Toole se donne la mort, à l’âge de 31 ans. Onze ans après son suicide, sa mère montre le manuscrit de son fils à l’écrivain Walker Percy, qui est enthousiasmé. Ils parviennent alors à faire publier le roman à titre posthume, qui remportera le prix Pullitzer en 1981. En 1989, le tout premier roman de Toole, La Bible de Néon, qu’il avait écrit à seize ans mais qui avait été jugé immature par les éditeurs à l’époque, est également publié. Ce roman aurait-il mûri par lui-même avec les années ?

Question bien intrigante face aux nombreux chefs-d’œuvre considérés comme tels des années après avoir été écrits. La mort de l’auteur donnerait-elle une nouvelle dimension à ces écrits ? Sommes-nous trop ancrés dans l’idée que la littérature classique est une chose du passé pour pouvoir donner un statut semblable à la littérature du présent ? C’est ce que certains écrivains ont évidemment pressenti, et ce depuis longtemps déjà, tel Chateaubriand, qui dans son testament, demanda que ses Mémoires d’outre-tombe soient publiées cinquante ans après sa mort. Plus récemment, J.D. Salinger, auteur de L’attrape-cœur, fit exactement le même souhait. Ses œuvres posthumes devraient donc paraître en 2060.

Ashley Cooper

 

 

 

 

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