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Voulons-nous vraiment un nouveau Livre de la Jungle?

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Le remake live du classique de Disney Le Livre de la Jungle (Jon Favreau), en salles depuis le 13 avril, a séduit les spectateurs par sa prouesse technique et par le talent du réalisateur pour changer le ton du dessin animé tout en conservant ses moments cultes. Cependant, le remake remet au devant de la scène des problématiques de race non résolues dans les adaptations précédentes. Que reste-t-il dans le live-action de Favreau des accents racistes du recueil de nouvelles de Kipling et du Disney de 1967 ?

Des classiques controversés

Colonialiste fervent, Rudyard Kipling est l’auteur notamment du poème Le Fardeau de l’Homme Blanc, sept strophes où il présente la colonisation comme un fardeau christique pesant sur l’homme blanc, idées dont on n’oserait faire l’apologie aujourd’hui. Dans Le livre de la Jungle, certains épisodes ont un caractère clairement colonialiste voire souvent raciste.
Le Disney de 1967 n’avait pas entièrement réussi à récurer l’histoire et ses personnages des stéréotypes raciaux présent dans les nouvelles et dans la pensée de l’époque. Les animaux avaient était racialement codés, notamment les singes. De nombreux critiques ont vu un parallèle entre le Roi Louie (nommé d’après Louie Armstrong) et sa chanson Je voudrais être comme vous, interprétée par un chanteur de jazz à la façon Dixieland, et la condition des Afro-Américains; une lecture qui donne à la phrase « un singe peut aussi apprendre à être humain » un tout autre sens.

Un effort pour éviter de tomber dans les caricatures de race est apparent dans le remake de Favreau. L’acteur principal (Neel Sethi) est un jeune homme de couleur, le roi Louie est passé d’être un risible ménestrel à un chef immense et puissant. Finalement, ce n’est pas un hasard si Shere Khan (Idris Elba) a un accent british presque caricatural et des manières raffinées qu’on associe à Kipling lui même, d’autant plus qu’il défend une vision de la jungle arriérée et sectaire qui rappelle celle de l’auteur. On pourrait donc penser que le scénariste se sert de ce gentleman pour critiquer et subvertir les valeurs et le personnage de Kipling.

Une adaptation que personne n’a demandée

Nous nous demandons tout de même pourquoi, en plein 2016 et alors que Hollywood peine à se dédouaner des critiques sur le manque de diversité et de sensitivité raciale de ses studios, Disney choisit de revisiter une histoire problématique.

Que Kipling ne soit pas coupable des idées de son temps et qu’on ne puisse pas évacuer tous les grands classiques faisant preuve de racisme sont des arguments tout à fait acceptables. Cependant, cela n’innocente pas les studios Disney et Warner Bros. qui décident de reprendre, encore une fois, cette histoire, avec toute sa charge de problèmes. Jusqu’à quel point peut on véritablement assainir ces contes qui se veulent à l’origine leçons morales et dont les valeurs sont tout à fait contestables?

Surtout, pourquoi est-il, encore aujourd’hui, permis aux réalisateurs et scénaristes de porter à l’écran une histoire où un homme blanc fantasme et exotise un pays lointain et ses habitants?

Anais Ornelas

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